10. Apocalypse

Nous y voilà. L’Institut Bergonié. Ca ne paie pas de mine, en plein centre-ville de Bordeaux, mais en fait c’est démesurément grand. Je me demande ce que son fondateur dirait s’il voyait ces monstres de buildings. Il regretterait sûrement qu’ils aient encore à servir et qu’on n’ait toujours pas trouvé la poudre de perlimpinpin anti-cancer.

Je suis donc hospitalisé au 4ème étage. Je suis terrorisé derrière mon sourire. Un univers tellement étrange… Un hôpital, mais ici tous les malades ont mis le même nom sur leur maladie.

Mon voisin de chambre est un cancer de la prostate. Je me reprends, mon voisin a un cancer de la prostate. Derrière chaque nom de maladie, il y a un être tout à fait humain, quelque soit devenue son apparence, qui souffre. Les médecins doivent très certainement se rappeler de tel ou tel patient avec le nom de la maladie, mais pas de là à l’y identifier totalement… J’espère.

Nous discutons. Malgré son cancer de la prostate qui le fait souffrir depuis deux ans avant que des examens plus poussés ne lui communiquent la vraie nature de cette douleur, malgré ses félicitations amèrement ironiques à son médecin qui l’a bêtement rassuré et endormi pendant deux ans, malgré le peu de chances de guérir que je devine dans son cas, c’est lui qui me remonte le moral.

Il a raison, on fait tout un plat des cancers au cerveau, mais ils sont loin d’être les plus difficiles à traiter. Dans le cerveau, il y a une barrière hémato-encéphalique, une sorte de douane organique très stricte qui empêche le sang d’aller là où il ne doit pas être. Et c’est à cause de cette barrière que les médicaments chimiothérapiques ont du mal à vraiment agir, ils n’agissent pas au-delà de quelques millimètres. Pourtant les résultats sont là dans les statistiques, des gens guérissent, avec les rayons et une chimio.

Les infirmières se présentent, alors qu’on me présente celle qui me « démarrera ».

Le moral n’est remonté que pour mieux redescendre. Une chimiothérapie, finalement, fait peur. Et j’en ai encore plus peur que je ne sais pas ce que c’est. La seule chose que j’en sais, c’est qu’elle tue souvent plus de cellules innocentes que de coupables, qu’elle fait tomber les cheveux pour cette même raison, et que c’est le lance-roquettes médical.

Et j’ai lu énormément de choses, tout s’est mélangé pendant mes paniques. J’ai lu qu’il fallait des machines, qu’on allait me traiter mon sang, que c’est la chose la plus horrible qui soit. J’ai peur. Terriblement peur.

Une heure plus tard l’infirmière revient et me perfuse. De l’eau et un médicament pour m’empêcher de vomir, me dit-elle. Et ensuite elle remplacera ces poches par une autre d’un produit chimique appelé cisplatine, puis encore quelques heures plus tard une autre de VP16. Me sourit, repart.

Alors c’est ça une chimio. Une simple perf’. Je soupire de soulagement. C’est une arme qui a une forme que je connais, je serais donc à l’aise. Pendant 4 jours, j’aurai ce « fil à la patte », qui déversera en continu dans mon sang les munitions, ces grosses molécules toxiques pour les cellules qui se divisent rapidement. En gros, les cheveux, les ongles, les muqueuses (notamment de la bouche) et les globules sont tous amenés à verser leur tribut en nombre de mort pour l’organisme.

Mobilisation générale et branle-bas de combat pour nettoyer tout ça. L’apocalypse dans mes veines.

J’en connais une qui va apprécier le geste.

2 commentaires:

Sélénée a dit…

Je me demandais si je voulais voir une suite, j'ai ma réponse: Oui.

En plus d'écrire merveilleusement bien, tu fais preuve d'un immense courage.
Et je peux le dire rien qu'en te lisant ou en te parlant...

Comme d'autres par ici, je constate que "Medulla l'affreuse" n'a pas altéré tes capacités pour l'écriture, je m'en réjouis c'est vraiment un plaisir de te lire !

Plaisir mêlé de tristesse et d'espoir quand même.

Je trouve que l'évolution de la maladie comme de ton moral, est très bien transmise à travers tes textes, vraiment...

Quelque part j'ai envie de te remercier de nous faire partager
ce que tu vis, de nous ouvrir un peu (plus) les yeux alors...Merci ?

Pour terminer..petite citation repérée il y a quelques jours :

"Partir, c'est mourir un peu. Ecrire, c'est vivre davantage." André Comte-Sponville

Alors, continue à écrire pour nous, pour ceux à venir et surtout pour TOI

Be strong !

Guilti a dit…

Ton pseudonyme msn m'a beaucoup intriguée et longtemps en plus je me demandais de quoi tout ça parlait...

jusqu'à ce que je vois ton blog...

tu écris super bien, tu te livres beaucoup, mais c'est affreux de voir un combat disséqué aussi bien, et pourtant c'est super porteur d'espoir ton truc, malgré la maladie...

Moi je suis sûre que tu vas guérir, c'est obligé, il ne peut en être autrement...

Je te souhaite bonne chance, bon courage, du soleil après l'orage...

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