17. La Nuit sur le Mont Chauve

Ting !

Ma main plonge dans l'appareil pour en ressortir une tasse brûlante. L'odeur du café embaume la cuisine, réveille rapidement mes narines.

J'aime toujours autant cette ambiance particulière qui précède les hospitalisations ; celle où je me lève bien plus tôt que les autres occupants de la maisonnée silencieuse, calcule mes gestes à l'économie de bruits, prépare une première collation copieuse.

Une communion brève avec le monde d'Avant, et son doux diktat chaque matin.

Je m'ajuste devant le miroir de la salle de bains. Me lave les dents, me clarifie le visage d'eau fraîche, laisse tranquille une barbe de trois jours. Repasse sans conviction une main dans mes cheveux ras.

Leur longueur avait été souhaitée depuis si longtemps ; projet maintes fois repoussé jusqu’à peu de temps. Le reflet qu'ils me donnaient était le premier de ma vie que je pouvais regarder et ne pas trouver si laid. La décision de les faire raser, pour ne pas laisser à Médulla détruire ce que j'aimais, quitte à le faire moi-même, fut dure à prendre.

Comme Samson c'est avec crainte que j'avais vu les épaisses mèches rejoindre le sol, soupiré quand leur poids rassurant avait quitté mon crâne.

Mes maigres sacs rassemblés, je suis prêt à fouler les premières rosées pour embarquer dans un voyage de deux heures vers l'Institut Bergonié. Deux heures qui se tuent toutes seules en plaisantant avec l'ambulancière.

La suite est réglée à la minute, entre l'admission à l'accueil et les injections, pas une étape qui ne m'est pas devenue déjà trop familière ; tout cela fait partie de mon amer quotidien.

Le soir s'installe dans la chambre, tandis qu'une infirmière vire les poches de produits préparatifs pour faire entrer la vedette en scène. Le cisplatine prend sa place sur le pic à perfusions, et se déverse lentement dans mes veines.

Des picotements sur le crâne. Une petite douleur, presque une démangeaison. Ressentir l'expression « avoir mal aux cheveux ». Je caresse la région en détresse pour apaiser les signaux nerveux.

Ma main passe dans un champ d'épis électriques, chaque pousse plié est une décharge dans mon cuir chevelu, chaque brin couché se gorge d'énergie statique, agresse mes doigts pour mieux s'y coller. Je regarde ma main recouverte de cheveux épars ; un balai venu arracher les feuilles mortes au sol d'Octobre. Mais nous sommes en Décembre…

Direction la petite salle d'eau de ma chambre d'alité ; les derniers poils sur le caillou dressés sur la tête, tombant par manque d'ancrage. Si droits qu'ils paraissent plus longs que de leur vivant. Ecœuré, je saisis des grappes et les tire lentement, pour les sentir se déloger sans résistance aucune.

Méthodiquement, je les arrache tous ; tout me vient dans la main de façon si nette, pointe, racine, follicule ; je n'avais jamais noté autant de détails dans un cheveu.

4 commentaires:

Fabienne (maman de Damien) a dit…

Bonjour Bruno,

Merci de nous permettre de te lire encore une fois. Tu as une écriture bien à toi, agréable à lire. quel poète!

je pense souvent à toi et à cette fichu maladie.

Je te souhaite le meilleure pour l'avenir...

amicalement

Fabienne (maman de Damien)

karine a dit…

bonsoir

La perte des cheveux a toujours était difficile pour Dimitri. Bien que nous en ayons parler pour essayer d'apaiser (si cela était possible) le moment où cela se produirait. La 1ére fois fut après une séance de Rayon lors du premier traitement, lover dans mes bras dans la salle d'attente pour attendre l'ambulance, il s'est redressé et à vu sur mon tee shirt blanc ses cheveux restaient collés dessus - ca lui a fait peur et mal à la fois de comprendre que tout allait tomber ! la seconde fois fois ne fut pas moins difficile .... et pour cette 3éme fois, les cheveux ne sont pas tombés ou alors si peu.... il ne reste que les cercles laissaient par la radiothérapie en 2007 sur le côté et l'arrière de son crâne qui se rebouchent très lentement ...

Laura a dit…

Ce que tu me manques. J'aimerais encore là pour te parler, t'écouter me réconforter avec ta voix douce, quand ça ne va pas.
J'espère que l'Automne existe où tu es...

Laura a dit…

Ce que tu me manques. J'aimerais que tu sois encore là pour te parler, t'écouter me réconforter avec ta voix douce, quand ça ne va pas.
J'espère que l'Automne existe où tu es...

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